Boussole  : Sommaire  > Voyages >  Roumanie > Arrivée


Cartes  :   Roumanie    Région Brasov

Épisodes : 1 : arrivée    suivant : Pucareni


NOTRE ARRIVÉE EN ROUMANIE

Train de nuit au petit matin

Mélancolique ! je ne trouve pas d'autre mot pour dire notre entée dans ce pays.

Mélancolique le temps, gris, avec une brume qui montait du sol et enveloppait choses et gens.

Sinistre l'atmosphère d'un train de nuit au petit matin, qui se vide peu à peu, avec ses portes qui battent ses compartiments désertés, ses vents coulis glacés, la buée sur les vitres. Une impression d'exode, d'abandon.

Mélancolique, le paysage ? Le mot est faible, Nous sommes saisis d'un accablement profond, au fond, des usines,  blocs massifs de béton et d'acier, dont les cheminées laissent parfois s'échapper de lourdes et grasses fumées qui retombent et s'étalent sur les campagnes environnantes.

Qui dit usines dit entrelacs de tuyaux dévorés de rouille, au parcours incertain. C'est du déjà vu, en Arménie on justifiait cette pratique par le risque sismique et ici ?

Funèbre la mine des gens qui partent au travail, qui attendent leur bus ou leur train en grelottant dans des vêtements misérables. Funèbres

les rues des premiers villages, des premières villes traversées, aux rues mal pavées, pauvrement goudronnées, ( Déva ? Siméria, Alba Iulia). bordées de réseaux de fils surabondants et enchevêtrés pendus à des poteaux qui, pour être massifs n'inspirent pas confiance.

Funèbres, les façades  grises des maisons.

Il nous faut bien petitdéjêuner, j'arpente les couloir, voici enfin le wagon-restaurant, j'essaie mon roumain assimil, échec total mais le personnel parle un français très correct. je m'attendais à trimballer mes vivres, pas question, le garçon me suit de wagon en wagon avec un plateau jusqu'à notre compartiment.

Le train longe lentement un interminable parc de ferraille. Devant passe un homme, tête basse, la mine sombre, il traîne derrière lui un petit chariot monté sur des roues en fer. 

Des gamins loqueteux grimpent dans le wagon, certains mendient, d'autres essaient de vendre des journaux, ou des bricoles l'un d'entre eux est gravement handicapé des jambes, comment diable a-t-il fait pour se hisser ?  En faut-il du courage et la ténacité pour assurer sa survie dans un monde autrement impitoyable que Dallas. Les contrôleurs les ignorent, par indulgence ?

Arrêt à Sighisoara,  Nous longeons lentement des citadelles, toutes perchées sur des pitons. Nous n'avons pas tellement le cœur à admirer ces trésors architecturaux. Le train abandonne la route pour se glisser dans des vallées marécageuses, Rupea, revoici la route, nous approchons de Brasov.

Notre arrivée à Pucareni

Le train s'arrête, nous allons enfin fouler le sol de la Roumanie. Nous sommes hagards, ahuris, il y a foule sur le quai, nous sommes assaillis, par des porteurs, par des chauffeurs de taxis, par des gens qui nous proposent un hébergement. Nous avions l'intention de laisser nos bagages à la consigne et d'aller visiter la ville, le nez au vent. J'avais même le plan des bus et des trams dans la poche. Nous n'en avons pas le courage, ce sera pour demain. Cap sur Pucareni pour digérer tranquillement notre dépaysement. Justement, parmi tous ces gens qui nous proposent de tout il y en a un, plus habile, plus audacieux, plus habile :

- Que cherchez-vous ?

- Nous allons à Pucareni, nous y sommes attendus.

- Ah oui, L'Arbre de joie, je les connais bien, je travaille avec eux...

Nous nous laissons entraîner. Ah mais c'est que nous n'avons pas de sous ! qu'à cela ne tienne notre cicérone nous conduit à un bureau de change, moins cher, nous dit-il. Je suis sceptique mais nous n'avons pas le choix. Et fouette cocher vers Pucareni, en zig zag, bien sûr, entre des nids de poules larges comme des cratères de bombes. Mais il n'est pas le seul à zigzaguer. Étrange chorégraphie improvisée de véhicules de toutes tailles, d'attelages qui se rapprochent à se toucher se frôlent et s'écartent sur un rythme endiablé. Une seule figure n'est pas admise : la ligne droite. Le ballet est gracieux mais gare au pas de deux mal exécuté.

Ouf, enfin nous voici arrivés. Voici Maylis, nous sommes sauvés...à moitié, elle est surprise, nous devions arriver le soir, nous sommes à pied, autre surprise, il va donc falloir trouver une "masina" et ce n'est pas si facile. Et elle s'inquiète pour notre repas de midi.

Ensuite séance d'information, il est surtout question de sous. C'est que nous tombons en pleine réforme monétaire, le nouveau lei vaut 1000 anciens. Elle nous fait sortir notre fortune, malheur, elle nous brandit un billet, il a une valeur énorme, nous ne pourrons rien en faire, à changer d'urgence.

Elle nous parle aussi des précautions inscrites en gras et en rouge dans les guides. Les tiques… jamais entendu parler ici, les moustiques féroces, oui, bof, pas plus qu’en France. Ah, par contre attentions aux chiens dans les campagnes, ils ne plaisantent pas, eux. Un bon gros bâton est bien utile

Chère Maylis ! elle continue à nous apporter conseils et informations mais, après deux nuits de train nous ne sommes plus en état d'engranger, elle nous parle des ours, je crois, des Tzigane aussi. Enfin, notre séjour commencera en fanfare, demain arrive Marc Vella et son autobus, son piano et sa caravane amoureuse.

Haut de la page