Nous n'avons pas couru le monde
entier, bien loin de là, mais une infime partie de notre
planète, et, pour être exacts, nous ne nous sommes pas
aventurés au delà des proches banlieues de l'Europe.
Faute de moyens ( de blé, de sous, de maravédis ) et pour une autre raison qui ne nous honore pas : la
trouille ! celle de prendre l'avion ! elle nous assaille bien avant le
décollage et ne cesse que lorsque les roues de ces terribles
engins reprennent contact avec l'élément qui nous est
naturel : le sol.
De ceci nous en avons tiré une façon de philosophie : le
dépaysement ne se mesure pas à la distance mais à
l'intensité des émotions, à la qualité des
sensations éprouvées. On peut très bien
se sentir un aventurier à trois pas de chez soi, on
fait bien plus de découvertes sur les sentiers côtiers de
Bretagne que sur les plages de Cancun ou des Seychelles.
La pratique du bus et du train c'est quand même autre chose : on
voit les paysanges changer lentement, disparaître des formes
d'habitat au profit d'autres, on sent le climat changer,
les jours allonger lentement ( ou raccourcir ). Arriver à 6h
du matin sous une pluie battante, ou à 11 h du soir dans une
ville où on n'y voit goutte ça a une autre gueule que de
débarquer dans un aéroport, frais et dispos, on se sent
assurément très loin de chez soi et on a quelques
inquiétudes.
Ce sont les moyens de transport de tout le monde et si on n'y
fait pas quelques rencontres intéressantes c'est qu'on
y aura résisté avec l'énérgie du
désespoir. Essayez donc de ne pas lier conversation dans le bus
Marrakech Ouarzazate...impossible.
Les gares sont des mondes à part, des caravansérails,
les héritières des fondouks du monde arabe, ce
sont des fourmillières, elles vous en apprennnent plus sur un
pays qu'une thèse de doctorat Bien sûr on ne s'y sent pas
toujours très tranquille, ces endroits ont des recoins
inquiétants, les gens qui les fréquentent n'y sont
pas tous pour voyager. On est déjà très loin
quand on attend un train le soir à la gare de l'Est.
Nous sommes trop âgés et nous aimons trop notre petit
confort pour être de ces routards qui arpentent
le monde avec 3 sous en poche et couchent sous la tente mais nous
évitons les hôtels et nous pratiquons la formule "chez
l'habitant" que nous avons essayée il y a bien longtemps
en République tchèque.
Mon objectif n'est pas de vous apprendre Quoi que ce soit, c'est de vous donner l'envie d'y aller voir.